Je n’ai pas trop trouvé le temps d’en parler il y a quelques jours, en particulier avec le déplacement en Moselle et des déplacements divers mais en ce mois de juin 2017 on « fête » (en fait non « on » ne fête pas grand-chose, vu le petit nombre de gens à s’en souvenir) le cent-cinquantième anniversaire des premières apparitions de la mystérieuse Amazone Masquée dans les rues de Paris, « personne » repérée (et intégrée) alors que j’écrivais Super-Héros: Une Histoire Française.

On ne saura jamais ce qu’il y avait de vrai là-dedans. Mais quelle histoire… Remarquée par la presse aux alentours du 6 juin 1867, cette cavalière masquée, armée de sabres, rôda pendant plusieurs mois dans les artères et les parcs de la capitale… Sans qu’on sache grand-chose d’elle. Mais l’imagination s’emballa. De très sérieux journaux comme le Figaro ou la Revue Nationale s’interrogèrent pendant des mois : « Quel vœu? Quel mystère? Pourquoi ce sabre de cavalerie qui pend et bat les flancs de son alezan? Pourquoi ce poignard? Elle a pris l’aigle pour symbole, l’Amazone au masque noir; l’un sert de plaque au ceinturon, l’autre décore son chapeau. Pourquoi cet aigle ?« . D’autres, faute de réponses, inventèrent le reste. L’Office de Publicité de la Gironde s’aventura « Elle porte, comme on sait, un poignard et un sabre à la ceinture. Ces armes ont joué un rôle sanglant dans un duel ténébreux, où succomba une personne qui avait offensé cruellement sa mère. La dame au masque de velours fit alors le serment de ne se séparer de ces armes qu’à l’âge de trente ans accomplis. Elle jura également de porter jusqu’à cette époque un masque sur son visage, qui devait la cacher à tous les yeux« .

Peu à peu s’installa l’idée que cette supposée justicière inconnue avait sans doute été défigurée au vitriol par un homme qu’elle cherchait depuis dans les rues de Paris, pour le trucider. Une sorte de mélange entre une version féminine du Fantôme de l’Opéra avant l’heure, de Jack l’Eventreur, une sorte d’équivalent équestre du Hollandais Masqué, une femme peut-être réelle ou tout simplement fantasmée par une histérie collective d’un public qui commença à guéter l’apparition de la moindre cavalière habillée en noir. Au bout de quelques semaines on remarqua même des « copycats« , d’autres femmes masquées qui tentaient de pousser la plaisanterie. Ainsi il ne faudrait pas confondre l’Amazone Masquée apparue à partir de juin avec la Femme Masquée aperçue en juillet. Le Figaro fait alors le distingo : « On l’a vue hier, sur la place de la Madeleine. Elle monte un cheval noir; elle porte un costume noir et se coiffe d’un toquet de velours noir sans ornement, Au lieu d’un masque, elle porte sur le visage une voilette noire très épaisse qui tombe jusqu’au niveau du nez, ne cachant pas la bouche, qui, du reste, est fraîche et jeune. Cette seconde mystérieuse ne porte pas d’armes, elle a répudié le sabre et le poignard, mais elle a imaginé quelque chose de plus étrange encore. À l’aplomb de sa selle, elle porte une grosse couronne d’immortelles, liée par un crêpe dans lequel est nouée une belle rose épanouie.« 

Le phénomène commença à faire parler de lui au-delà des frontières, on trouve mention de cette « Masked Lady » de Paris aussi bien dans le South London Press que dans le New York Tribune. Les apparitions de l’Amazone Masquée (ou de ses copies) continuèrent jusqu’au début 1868, sans qu’on découvre finalement ce qu’il y avait derrière. A mon avis, la presse de l’époque n’était pas très pressée de savoir, le mystère vendait sans doute plus de papier que si l’on avait suivi l’inconnue jusqu’à son écurie… qui se trouvait sur les Champs-Elysées et n’était pas spécialement « cachée ». Ce qu’il y a d’intéressant dans ce qui est, peut-être, une légende urbaine du XIX° siècle, c’est finalement la réaction du public et des chroniqueurs de l’époque. Quelque part à la frontière entre le fait divers et le feuilleton populaire, il y a cette envie d’y croire et, par conséquent, cette matérialisation d’un besoin. Et si vous voulez en savoir plus, cliquez par là !

(*: L’image d’introduction n’a rien à voir – tout au moins pas directement – avec l’Amazone Masquée. Elle est tirée du film le Pacte des Loups, dont l’action se passe un siècle plus tôt. Simplement, il me semble difficile de lire les témoignages de 1867 et de ne pas faire le rapprochement avec le personnage incarné par Monica Bellucci dans ce film). (**: Cette Amazone Masquée de 1867-1868 n’a rien à voir avec des romans et des films du même nom produits au XX° siècle, qui ne sont que des homonymes).

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